Ambassades et magouilles immobilières

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Après la visite d'Etat en Chine du Président français en Chine

Novembre 2006

Au vu des rodomontades de Jacques Chirac annonçant, à Pékin, pour la Nième fois, un envol des relations franco-chinoises symbolisé par une "nouvelle ambassade" à construire, il serait très intéressant qu'un(e) candidat(e) socialiste à la présidence de la république demande à la Cour des comptes une enquête sur les circonstances dans lesquelles la France... n'a toujours pas réalisé ce projet qui a environ vingt ans, a fait partie des "annonces" de la réconciliation franco-chinoise de 1994 après la vente des frégates à Taiwan et la crise consécutive, puis des annonces officielles subséquentes à chaque visite ministérielle de la droite française en Chine, puis... a piétiné et a donc désormais environ vingt-cinq ans de retard sur les autres grosses ambassades occidentales à Pékin (Etats-Unis, Canada, Allemagne, Australie en étant les premiers grands fleurons dans les années 1990, et probablement rejoints par d'autres). Quels ont été les arrangements financiers de l'acquisition du terrain voici douze ans sous - je crois - le gouvernement Edouard Balladur? Comment se fait-il qu'une fois ce terrain acquis et même symboliquement inauguré par une pose de première pierre du chantier par Jacques Chirac en 1997, le terrain a été déclaré inconstructible par les autorités chinoises? Lesquelles? (l'ambassadeur de l'époque doit pouvoir s'en souvenir). Qui a vendu? Qui a payé? Se peut-il que l'équipe politique de la municipalité de Pékin dirigée par le notoirement véreux maire Chen Xitong aux affaires à la fin des années 1980 et début 1990 (laquelle a été mise en prison pour corruption à grande échelle vers 1995 ou 1996 selon mes souvenirs) ait été mêlée à l'affaire? Quels contrats de construction ont été signés? Architecte? Constructeur? Combien d'argent déjà déboursé? Bref, pourquoi le chantier est-il toujours en l'état de friche qui fait parler d'une "arlésienne"? Qui, en France, aurait éventuellement profité de largesses sinophiles de Chirac?

Pour l'instant, la France est logée à Pékin dans deux pavillons de banlieue à la grâce brejnévienne qui lui ont été assignés en 1964, à peu près de la taille de la voisine ambassade de Centrafrique (à moins que ce soit le Tchad). Les occupants successifs de la mission française (dont on se souvient qu'elle fut barbouillée de slogans très violemment anti-français pendant la révolution culturelle, dont certaines injures personnelles au chef de l'Etat, Charles de Gaulle, sans grande protestation publique française) dont les occupants successifs, donc, ont mis une trentaine d'années à s'apercevoir qu'ils était non seulement aisément "sonorisables" mais surtout posés sur de larges caves communiquantes qui ne figuraient pas sur les plans fournis par le gouvernement chinois et par lesquelles pouvaient éventuellement pénétrer une petite troupe d'envahisseurs.

La France avait renoncé sans compensation à l'ancienne, prestigieuse, ambassade de France située dans la vieille ville historique à proximité immédiate de la place Tiananmen et qui fut, par la suite, la résidence de Norodom Sihanouk. Simultanément, la France avait donné à la Chine populaire, sans compensation, la propriété de la prestigieuse ambassade de Chine, avenue Georges-V, évacuée par Taiwan (alors République de Chine) lors de la "normalisation" Paris-Pékin de 1964, chèrement célébrée par les deux depuis lors.

La Chine de Pékin avait aussi été autorisée, dans des conditions très surprenantes au regard des règlements d'urbanisme et autres babioles, à acquérir un immeuble à Boulogne Billancourt qui aurait du servir d'annexe à l'ambassade.

Faire un peu de lumière sur tout cela permettrait peut-être de donner quelque substance à la notion chiraquienne de "partenariat stratégique franco-chinois".