Collision en mer de Chine

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Collision en mer de Chine

Les faits

Le 31 mars 2001, à une centaine de kilomètres de l'île de Hainan, un avion de surveillance électronique EP-3 ARIES II de l'US Navy et un avion de chasse chinois de type F 8, appartenant probablement à l'aéronavale, sont entrés en collision à 9h07 heure locale. Le pilote de l'appareil chinois est porté disparu. L'EP-3, endommagé, s'est dérouté sur le terrain le plus proche, Lingshui, sur l'île de Hainan, où il s'est posé à 9h33. L'équipage (24 personnes dont trois femmes) est sain et sauf.

Le point de vue officiel chinois (déclaration du porte-parole du Ministère des affaires étrangères) : l'appareil de surveillance américain approchait l'espace aérien chinois et survolait les eaux chinoises et deux avions de chasse ont été envoyés pour pister. Il a effectué une manoeuvre soudaine et est entré en collision avec un des chasseurs chinois. Il est alors entré dans l'espace aérien chinois et s'est posé sans autorisation.

Le point de vue officiel américain (déclaration de l'Amiral BLAIR Commandant en chef des forces du Pacifique) : Le chasseur chinois a percuté l'appareil américain alors que celui-ci volait dans l'espace aérien international. Celui-ci a effectué un appel de détresse sur la fréquence internationale et s'est dérouté sur le terrain le plus proche. Après l'atterrissage, l'équipage n'a pas été autorisé à prendre contact avec ses autorités et l'exterritorialité de l'appareil semble avoir été violée.

Commentaires

L'EP-3 ARIES II est à l'origine un avion de patrouille maritime ancien, dans lequel un équipement de recueil électronique ultra moderne (dernier appareil livré en 1997) a été ajouté. Celui mis en cause effectuait une mission de routine qui l'amenait à longer les eaux territoriales chinoises sans jamais y pénétrer, au décollage de la base de Kadena (Okinawa). L'interception de ce genre de missions par des appareils du pays surveillé est tout aussi habituelle. L'amiral Blair a cependant signalé que depuis quelques mois, les interceptions étaient devenues plus agressives, à un tel point que la sécurité des vols paraissait engagée et qu'une mise au point informelle avait été faite aux autorités chinoises (les Etats-Unis et la Chine se rencontrent sur une base annuelle pour parler de la sécurité des opérations militaires aériennes et navales).

Cet incident est très vraisemblablement dû à une fausse maoeuvre du pilote chinois au cours d'une évolution qui paraît évidente aux pilotes occidentaux (on peut se souvenir à l'occasion que GW Bush a été pilote de chasse) mais nécessite un vrai professionnalisme. Le F 8, contrefaçon d'un appareil que les soviétiques ont abandonné assez rapidemnet, est, de plus, peu agile.

L'EP-3 semble avoir été assez fortement endommagé : nez arraché et au moins un moteur touché au niveau de l'hélice. Les 26 minutes entre la collision et l'atterrissage ont certainement été suffisantes pour rendre inexploitables les équipements et les données classifiés.

Cet incident, qui aurait pu avoir lieu n'importe quand, s'est de plus produit juste après la première visite d'un très haut responsable chinois (le vice premier ministre Qian Qichen) à l'administration Bush, visite qui semble ne pas s'être très bien passée, et précède la décision que doit prendre le Président américain sur la vente d'armements à Taïwan, dont la très controversée vente de destroyers équipés du système Aegis.

L'éventualité de cette dernière vente irrite particulièrement Pékin. En effet, en donnant une capacité d'interception balistique à Taiwan, elle remettrait en cause la dissuasion classique que font peser les missiles basés dans la province du Fujian. De plus, pour des raisons techniques, elle impliquerait une certaine imbrication (alerte et communications au moins) des systèmes de défense dans la troisième dimension avec les Etats-Unis mais aussi le Japon.