Pékin Taiwan

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Communication présentée au cours du colloque international : "des conflits en mutation, de la guerre froide aux nouveaux conflits", organisé par l'UMR 5609 du CNRS-ESID, début juin 2001.

PEKIN TAÏWAN, ENTRE GUERRE ET NON BATAILLE

INTRODUCTION

Ce conflit, dont les protagonistes se sont livrés à une guerre civile depuis le milieu des années 20, est devenu une guerre entre deux entités répondant à tous les critères d'états nations depuis 1949. Mais il a continué d'évoluer, tant dans les formes que dans le discours.

Dans les faits, il ressemble avant tout, surtout dans les années 50 et 60, à une guerre de faible intensité entre états. Dans le discours, il s'agit plutôt d'une guerre civile puisque chacun des deux gouvernements se prétend le seul légitime. Aujourd'hui, tous les canaux de communication directs (qui n'ont jamais existé officiellement) et semi-directs sont rompus, mais les businessmen taïwanais continuent de faire tourner leurs usines sur le continent, tout à côté des casernes où les soldats de l'APL s'entraînent à envahir l'île et des sites de missiles sol-sol.

Entre deux séances d'invectives, on observe quelquefois des réactions communes mais séparées, au cours desquelles le nationalisme chinois prend le pas sur le conflit entre les deux rives. A la suite d'un incident de frontière sino-indien en 1986, le représentant commercial non officiel indien s'était fait faire de vives remontrances....à Taipei. Cette solidarité interchinoise peut aller jusqu'à une aide mutuelle face à un ennemi commun comme cela semble avoir été le cas dans les Spratleys contre les Vietnamiens.

LA DEFAITE

Le 1er octobre 1949, la défaite de Chang Kaishek est consommée et Mao fait, dans Pékin libéré, un discours resté célèbre. Cependant les nationalistes résistent encore et ce n'est qu'en décembre 1949 que Chang Kaishek se replie définitivement sur Taiwan, où il constitue un gouvernement. Il ne s'agit pas du gouvernement de Taiwan, ni même d'un gouvernement en exil. Chang Kaishek se déclare encore maître de la Chine, et garde à Taipei des gouverneurs et des représentants de toutes les provinces continentales. Cette fiction durera jusque dans les années 90.

Il a d'ailleurs pour lui la légitimité internationale, puisque c'est son gouvernement qui est considéré comme le représentant de la Chine à l'ONU. Dès janvier 1950, cette légitimité est contestée et l'URSS claque la porte du Conseil de sécurité après le rejet d'une motion qui tendait à remplacer Taipei par Pékin. On se trouve d'ailleurs dans une situation assez baroque entre les cinq membres permanents, puisque Londres et Moscou reconnaissent Pékin, ce que la France ne fera qu'en 1964 et les USA en 1979, Pékin ayant remplacé Taipei en 1971.

La fuite à Taipei ne marque pas encore la fin des combats terrestres entre les deux camps. Les Nationalistes résistent encore dans plusieurs endroits sur le Continent, en particulier au Yunnan et dans l'île de Hainan et dans 37 petites îles situées à proximité immédiate des côtes chinoises. A la fin de 1949, une tentative de débarquement sur l'île de Quemoy, qui deviendra célèbre par la suite, échoue et se solde par des milliers de morts. Par contre, la résistance nationaliste au Yunnan s'effondre assez rapidement et au début du mois de février 1950, les lambeaux de forces restantes, une dizaine de milliers d'hommes, se sont réfugiées en Birmanie. Ils formeront, dans le cadre d'une opération assez tordue où la CIA sera maître d'ouvrage, une armée Kuo Ming Tang qui connaîtra une évolution surprenante, pour finir éparpillé en plusieurs milices de la drogue après avoir été officiellement lâchée en 1953 par Chang Kaishek. Cette armée Kuo Ming Tang de Birmanie aura cependant réussi à empoisonner et la Chine - et accessoirement la Birmanie - pendant plusieurs années.

L'île de Hainan est restée assez longtemps une épine dans le dispositif communiste, en particulier à cause des raids aériens menés vers le continent. Le 1er avril 1950, 50.000 hommes de l'APL débarquent sur l'île et réduisent leurs adversaires en trois semaines. Plusieurs milliers d'entre eux réussiront à s'échapper et à gagner l'Indochine française, où ils seront incarcérés dans l'île de Phu Quoc. Certains de ces soldats perdus réapparaîtront quelques années plus tard au Laos ou en Birmanie où ils seront utilisés contre divers maquis communistes.

A partir de son île, Chang Kaishek n'a qu'une seule obsession, qui ne le quittera jamais : reprendre un pouvoir qui lui a été pris par les communistes soviétiques et les traîtres chinois qui les suivent. Pour lui, l'ennemi n'est pas Mao, qui n'est qu'un pantin. De leur côté, le nouveau maître de Pékin, qui met en place son pouvoir par le biais de campagnes et de purges, pense pouvoir reconquérir Taiwan mais préfère prendre leur temps et reconstituer ses forces. Symétriquement, Chang Kaishek apparaît souvent dans les esprits continentaux comme un simple valet des américains, sans aucune initiative.

Si Chang Kaishek est prêt à provoquer une troisième guerre mondiale pour arriver à ses fins, le soutien qui lui est accordé par Washington est plutôt tiède, car son image personnelle est très mauvaise auprès de Truman qui, au nom d'un certain réalisme, pense que le dernier bastion nationaliste ne va pas pouvoir tenir bien longtemps.

L'attaque surprise de la Corée du Sud, le 25 juin 1950, allait changer toute la donne. Dès le 27 juin, Truman décide la neutralisation, par la VII° flotte, des détroits. Cela répond au but d'empêcher les communistes d'intervenir mais aussi d'interdire à Chang Kaishek de se lancer dans une action irraisonnée. Mao avait pensé que les Nord-Coréens allaient obtenir une victoire rapide et sans son aide. Ce ne sera pas le cas. Poussé par les Russes, il va devoir s'engager dans une guerre de grande ampleur. Il y gagnera un armement, surtout aérien, abondant et moderne, une certaine expérience, mais il perdra des centaines de milliers d'hommes, souvent les plus expérimentés, à un moment où son pays doit aussi se reconstruire. Il sera aussi obligé de repousser ses plans de reconquête.

On peut se demander ce qui se serait passé si, au lieu de se lancer de la guerre de Corée, Mao avait laissé battre Kim Il Sung et avait au contraire choisi de rester concentré sur la réunification chinoise. En 1950, il n'est pas du tout certain que l'administration américaine n'aurait pas abandonné les nationalistes à leur sort, ce qui aurait permis à la Chine de se réunifier et de gagner sa légitimité internationale dès cette époque

LES CRISES DE 1954 ET 1958

A partir de 1951, les États Unis mettent en place une forte aide militaire à Taiwan, en grande partie à la suite du gros travail de lobbying fait par l'épouse de Chang Kaishek qui a réussi autant à renverser la mauvaise image des nationalistes qu'à noircir celle des communistes. L'arrivée au pouvoir d'Eisenhower, beaucoup plus favorable à Chang Kaishek que son prédécesseur, renforcera le lien militaire. L'île sert aussi de plate-forme pour toutes les opérations, ouvertes ou non, menées par les Etats Unis en direction de la Chine, mais aussi de toute l'Asie du Sud Est, en particulier pendant la guerre du Vietnam.

Crise de 1954

En 1954, Mao se sent prêt à lancer une première offensive. Il est probable qu'il ne voulait pas vraiment se saisir de Quemoy et Matsu, mais plutôt sonder les intentions américaines.

Le 3 septembre 1954, une première attaque chinoise sur Quemoy provoque la mort de deux officiers américains. Le 1er novembre débutent des bombardements d'artillerie et aériens sur l'île Taichen auprès de laquelle les bâtiments de la VII° Flotte prennent position dès le 6. Ces événements précipitent la signature du traité de défense US Taiwan, qui a lieu le 2 décembre.

Le 10 janvier suivant, les bombardements sur Taichen reprennent et on assiste à la chute de Yichiang, une petite île proche. Le 28 janvier, les Etats Unis déploient la VII° Flotte près de Taichen. L'île sera très rapidement évacuée alors que, pour éviter toute provocation de part et d'autre, les Etats-Unis ont mis en alerte réelle les bombardiers nucléaires déployés sur les porte-avions.

A la suite de cette passe d'armes, la Chine décide de nouveau de faire une pause dans la reconquête et surtout d'essayer de négocier avec les Etats-Unis. Des incidents sporadiques auront toujours lieu, mais l'armée de l'air taïwanaise gardera jusqu'à ce jour la suprématie aérienne dans les détroits, de même que, à une ou deux exceptions près, elle n'aura jamais de problèmes pour faire voler les avions de liaison vers Quemoy.

Crise de 1958

A partir de 1957, les relations avec les US recommencent à se dégrader. Non seulement des forces américaines sont désormais stationnées en nombre sur l'île, mais elles sont équipées d'armes nucléaires. Les US pratiquent début 1958 des tirs d'essai de missiles. Pendant le même temps, Chang Kaishek, dans l'espoir de reconquérir le continent, masse des dizaines de milliers de soldats dans les îles avancées et procède à de nombreuses opérations de commando sur le continent.

Le 23 août 1958, les communistes passent de nouveau à l'attaque sur Quemoy et Matsu qui sont soumises à d'importants bombardements d'artillerie, 20.000 obus par jour. Un très important déploiement aéronaval américain a aussitôt lieu et est accompagné de menaces d'usage de l'armement nucléaire. Le 23 octobre, un communiqué commun de John Foster Dulles et de Chang Kaishek réaffirment la solidarité de leurs deux pays sur la défense de Quemoy et Matsu.

Pékin annonce alors un cessez le feu provisoire. Des bombardements sporadiques continueront pendant des années, avec des pics à 86.000 obus en deux jours pendant la visite d'Eisenhower à Taipei en 1960. Deux autres préparations d'attaque auront lieu, en 1962 et en 1975, elles ne connaîtront pas de début d'exécution.

TAIWAN S'ISOLE

Après 1958, avec une forte présence militaire américaine sur l'île, y compris des forces nucléaires, la possibilité pour Pékin de reconquête s'évanouit. La brouille avec Moscou prive la Chine continentale non seulement de nouveaux armements, mais encore de pièces détachées pour les armes déjà en service. Le niveau opérationnel des forces s'effondre rapidement. De plus, pour cause de Guerre du Vietnam, les Etats Unis ont besoin du point d'appui logistique et de la base de renseignement que constitue l'île de Taïwan et lui donnent un haut niveau de priorité. L'armée taïwanaise, composée presque exclusivement des continentaux arrivés en 1949 et qui refuse toujours de donner un vrai rôle aux "locaux" vieillit. Mais si les opérations militaires d'envergure sont exclues, cela ne limite pas les opérations spéciales. Si elles ont commencé dès 1950, ce type d'opérations va croissant et prennent des formes très variées : infiltration de commandos de saboteurs et d'agents de renseignement, parachutages de petits cadeaux ou de tracts, hauts parleurs, vols de reconnaissance sur toute la Chine, soit par des avions américains, soit par des avions de la CIA pilotés par des taïwanais. Bien entendu les nationalistes prennent avantage de tous les soubresauts internes, Révo Cul ou autres, pour jeter de l'huile sur le feu. On assiste aussi à une guerre des déserteurs, priés de passer de l'autre côté avec leur avion, qui intéresse surtout la RPC et la contraint à n'affecter à proximité de Taïwan que des pilotes idéologiquement très sûrs, ce qui en limite le nombre et réduit d'autant la qualité de la défense aérienne opposable aux incursions taïwanaises. Quant aux autres rapports, ils sont définis à partir de 1979 par la politique des "trois non" : aux liaisons, aux télécommunications, au courrier.

De son côté, Pékin transpose le conflit sur le plan diplomatique. Offensive de charme, idéologie, tiers mondisme, leurre de l'immense marché chinois, appel à la logique, tous les moyens sont utilisés pour obtenir de remplacer Taipei comme représentant officiel de la Chine à l'ONU. L'obstination de Chang Kai shek, qui refuse la double reconnaissance, que le Général de Gaulle avait espérée ou la proposition de Georges Bush, alors représentant de son pays à l'ONU, d'une double représentation ne laisse aucune chance. Le Kuo Ming Tang ne veut à aucun prix entendre parler d'indépendance. Le résultat est l'expulsion de l'ONU en 1971, la chute s'achevant en 1979 par la fin de la reconnaissance des US. La présence militaire de ce pays avait progressivement diminué avec l'arrêt de l'aide directe en 1973 et le départ des deux derniers escadrons de Phantom et des U2 en 1974, seules restant sur place des unités de transmission et d'autres forces spéciales. L'abandon par les Etats Unis s'est cependant accompagné de la promulgation du Taiwan Relations Act, qui a une valeur légale contraignante supérieure à celle des communiqués communs de 1972, 1978 et surtout 1982 lequel, régissant les ventes d'armes à Taiwan a rapidement été mis a mal, avant d'exploser en 1992, sans toutefois être dénoncé officiellement.

Désormais, l'un des grands enjeux de la bataille entre Pékin et Taïwan sera la reconnaissance diplomatique, bataille très inégale. Taïwan, qui a eu longtemps le soutien d'un état tout aussi isolé que lui, l'Afrique du sud, n'ayant plus désormais à offrir qu'une aide matérielle et financière, ce qui limite ses potentialités d'action aux très petits pays.

L'OUVERTURE

En fait, dès 1983, quand on commence à envisager des négociations sur la rétrocession de HK, qui auront lieu et aboutiront en 1984, le slogan "Un pays deux systèmes" proclamé en 1984 par Deng paraît applicable à Taiwan, même si le Kuo Ming Tang le refuse. Il n'en demeure pas moins que la situation demeure tendue. La loi martiale est toujours en vigueur et une garde vigilante est montée le long des côtes, avec de sporadiques ouvertures de feu (décès d'Arnaud de Rosnay). Le matériel dont dispose aussi les armées taïwanaises vieillit beaucoup, en l'absence presque complète de livraisons extérieures, et les doctrines d'emploi évoluent peu. D'un autre côté, la modernisation de l'APL ne dépasse pas le stade du discours. 1987, Chiang Ching Kuo ouvre son pays

De manière assez paradoxale, c'est le fils de Chang Kaishek qui mettra en place le mécanisme d'ouverture de son pays. Alors que le discours sur les "trois non" reste en vigueur, la loi martiale est abrogée le 15 juillet 1987. La course vers la démocratie s'engage, en particulier parce que les indépendantistes ont enfin le droit à la parole et que les continentaux laissent peu à peu une place aux taïwanais. C'est aussi l'époque où, d'abord de manière indirecte et sans autorisation puis avec la bénédiction restrictive des autorités, à partir de fin 87, les premiers "touristes" taiwanais en RPC et les investisseurs "clandestins" se multiplient.

A l'été 89, les communications téléphoniques indirectes sont autorisées. Désormais, tout va assez vite, et des canaux de négociation indirecte s'ouvrent. 1991 voit la création de deux associations "non gouvernementales", la SEF et l'ARATS, qui entreprennent des négociations pour régler tous les contentieux "consulaires". On peut penser que la voie vers une réunification "à la Hong kong" est désormais largement ouverte. Ce qui n'empêche pas une lutte féroce pour la reconnaissance diplomatique. C'était oublier que, si les événements du printemps de Pékin n'avaient pas provoqué de dissension entre les deux rives, elle avait laissé des traces profondes dans les mentalités occidentales et, même si la Chine populaire demeure la détentrice de la légitimité onusienne, elle n'inspire plus la même attractivité qu'avant. D'où les ventes d'armes de 1992 à Taiwan et la montée du sentiment d'indépendantisme. La population de l'île se divise un peu, entre les milieux d'affaire, très partisans de bonnes relations avec le continent mais avec statu quo, les indépendantistes et la vieille garde qui veut la réunification, à ses conditions. On assiste donc à un développement parallèle de mesures contradictoires. Pékin fait les yeux doux aux investisseurs taïwanais tout en répétant sans jamais faiblir qu'il n'acceptera jamais l'indépendance et tout ce qui y ressemble et qu'il garde toujours ouverte l'option militaire. De l'autre côté, Taïwan modernise son armée, interdit toujours les liaisons directes mais construit des lieux de transbordement offshore. La fin de l'année 93 est marquée par de nombreuses défections d'avions civils en direction de Taiwan. Sans compter tout ce qui ne se dit pas, comme les rencontres de pêcheurs ou les liens indirects, pas si indirects que cela.

En juin 1995, le gouvernement US, sous la pression du lobby taiwanais, autorise le président Lee Teng Hui à faire escale aux Etats Unis et à se rendre dans son ancienne université. Lee ajoute des déclarations considérées comme inadmissibles par Pékin, en réclamant une relation "d'état à état" entre les pays. La réaction est immédiate, les rencontres au sommet entre SEF et ARATS, prévues pour le mois suivant, sont repoussées sine die, et Pékin procède à une première série de tirs de missiles à proximité de Taiwan en juillet 95. Les relations continuent de s'envenimer, avec des manoeuvres dans les détroits en mars 96 et des tirs d'essais de missiles vers des réceptacles situés à moins de 40 kilomètres des côtes de l'île. La Chine populaire veulent ainsi influencer les élections présidentielles de 1996, mais les Etats-Unis envoient deux porte avions patrouiller dans les détroits et Lee Teng Hui est élu.

Les canaux de communication entre les deux rives se rouvriront progressivement en 1998, avec en particulier des tentatives pour établir des mesures de confiance. Le répit sera de courte durée. Pékin va de nouveau vouloir intervenir dans les élections, surtout quand il note que celui qui sera élu, Chine Shui Bian, a longtemps fait profession de foi d'indépendantisme. Il faudra de fortes pressions américaines (l'ambassadeur à Pékin est l'amiral Prueher, qui a traité sur le plan militaire les déploiements US au cours de la crise des missiles de 1996) pour que la crise soit évitée.

Depuis cette élection, un certain équilibre s'est établi, en particulier grâce aux efforts faits par Chen pour éviter tout ce qui pourrait apparaître comme un discours indépendantiste. Le rétablissement des liens directs, pour très limité qu'il soit, est un progrès. Cet équilibre demeure très fragile, et chaque incident provoque des remous, toute la problématique se concentrant désormais dans une relation triangulaire avec les Etats Unis. L'intégration, de quelque manière que ce soit, de Taiwan dans un système de défense antimissiles est particulièrement sensible. Reste aussi que toute annonce d'une consultation démocratique de la population taïwanaise sur un sujet touchant de près ou de loin serait considérée par Pékin comme inacceptable et justifierait une action militaire.

L'avenir

Le schéma de réunification par la négociation n'est pas à l'ordre du jour. La population de Taïwan ne se prononce pas pour l'indépendance, bien que les chiffres progressent, mais elle est très majoritairement favorable au maintien du statu quo.

Demeurent donc surtout des schémas militaires:

Le blocus : c'était autrefois le scénario le plus imaginé. Il suffirait aujourd'hui d'un peu de soutien US pour que la Marine chinoise se révèle incapable de remplir sa mission. La Marine taïwanaise pourrait aussi choisir l'escalade, et réussir. On note enfin que le Japon ne pourrait être indifférent à des restrictions de circulation dans une zone vitale pour ses intérêts.

Les frappes limitées : C'est le scénario le plus possible. Il serait très coûteux en termes d'image de marque pour Pékin et pourrait se révéler militairement inefficace et même permettre à Taiwan de gagner un soutien mondial.

La prise de gages : cette hypothèse paraît à portée des armées chinoises, surtout depuis la récente démilitarisation de Quemoy et Matsu dans le cadre de l'ouverture des liens directs. Là aussi, le prix à payer sur le plan de l'opinion internationale pourrait être lourd. L'invasion : les troupes chinoises se feraient probablement étriller lors d'une tentative de débarquement.

La frappe nucléaire : elle conduirait à une mise au ban des nations de la Chine. Il ne faut cependant pas l'exclure complètement.

Lorsque seront livrées les armes promises par Bush en avril 2001, soit à partir de 2003, le scénario de blocus sera à éliminer. Taïwan ayant même la possibilité de bloquer la flotte chinoise dans ses ports quand les huit sous-marins promis seront livrés, le débarquement deviendra encore plus impossible.

De son côté, l'APL renforce ses capacités en multipliant le nombre de missiles sol sol déployés dans le Fujian, mais ils seront peut être rapidement rendus obsolètes par de nouveaux armements taïwanais. Un rapport de la Rand, commandité par le Pentagone et très récemment publié, semble assez pessimiste et envisage très sérieusement un conflit armé dans les détroits. Mais il est aussi vrai que les Etats-Unis sont actuellement engagés dans un processus de diabolisation de la Chine, seul pays réellement capable de justifier la défense anti missiles que réclament les industriels et que l'opinion publique désire.