Francis et le Bureau des Services

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Pékin, le 12 octobre 1993

A : Monsieur le Directeur Corporation des Services du Personnel pour les Missions Diplomatiques Pékin

Objet: Votre circulaire 93/111 du 17 septembre 1993

Monsieur le Directeur,

Les «suggestions» de votre circulaire citée en référence appellent plusieurs réflexions.

1. La Corporation persiste à utiliser erronément le terme de «salaire» pour désigner le montant des rémunérations payées par les utilisateurs de ses services pour la mise à disposition de Personnel. Le «salaire» est constitué de la seule somme d'argent directement perçue par l'Employé de la Corporation mis au service du client. L'usage de ce terme laisse entendre que les Employés nommés dans votre circulaire percevraient la totalité de cette somme dans sa monnaie d'origine, ce qui n'est nullement le cas. Il convient donc que la Corporation formule à nouveau ses propositions selon des termes acceptables du point de vue légal, exprimant clairement le fait que les clients de la Corporation s'acquittent auprès d'elle d'une Prestation de service.

2.La Corporation a demandé en 1990 aux missions diplomatiques et bureaux de presse d'établir, à partir de l'année 1991, des -contrats en dollars des États-Unis plutôt que dans la monnaie légale de la République populaire de Chine, le RMB yuan. La Corporation a alors précisé que cette mesure visait d «mettre fin aux nombreux inconvénients que l'augmentation annuelle (des tarifs de prestations) et dans de fortes proportions a apportées aux deux parties» (Renwaizi 90/099). Il n'y a effectivement pas eu d'augmentation des tarifs de prestation en 1992, mais il y en a eu une de 6% en 1993 et celle que vous envisagez pour 1994 serait de 15%. Les «nombreux inconvénients» dont la Corporation reconnaissait l'existence perdurent donc, ce qui n'est pas conforme à l'esprit ni à la lettre des promesses qui avaient été faites de revenir à des pratiques plus raisonnables.

3. La présente circulaire stipule que l'augmentation envisagée pour 1994 vise non seulement à améliorer le niveau de vie du Personnel chinois, ce qui me parait tout à fait raisonnable, mais aussi à tenir compte de «l'amélioration de ses performances». Ce point m'amène à vous demander quelle part de l'augmentation envisagée est censée représenter cette «amélioration» dans l'esprit de la Corporation? Cette formule parait d'autant plus étrange que, sans parler de cas particuliers, la communauté étrangère qui contrainte de faire appel à vos services constate une détérioration générale de la qualité du Personnel fourni et un abaissement sensible de ses compétences. Au reste, la Corporation n'est nullement habilitée à émettre de jugement sur l'amélioration des performances de ses Employés. Cette estimation est du seul ressort de l'Utilisateur des prestations fournies sous la forme de Personnel.

4. En 1991, le total des prestations de Service fournies sous la forme de Personnel par la Corporation au bureau du journal Le Monde à Pékin s'élevait mensuellement à 880 dollars, soit, au taux de change officiel bancaire de l'époque (473.39) à 41165.85 Yuans RMB. Les «suggestions» de la Corporation pour l'année 1994 portent le total mensuel à 1104 dollars, soit au taux actuel (580.13) la somme en Yuans RMB de 6,404.63. Ceci représente sur quatre ans, une augmentation de 2,23E3.78 Yuans, sait 54%. I1 convient d'ailleurs plutôt de calculer sur trois ans à compter de 1992, ce qui représente une augmentation annuelle moyenne de 18%. Ce taux d'augmentation est totalement disproportionné en regard de l'inflation à Pékin sur la même période.

5. En vertu des lois de l'économie de marché, même socialiste, il me parait logique que la Corporation s'engage désormais à présenter à ses clients le détail des coûts réels de ses prestations en précisant clairement quelle portion des montants perçus est reversée aux Employés chinois sous la forme de salaire, de dons en nature et autres avantages matériels, tout cela sous une forme chiffrée.

Je souhaiterais par exemple savoir quelle a été l'augmentation du revenu des Employés de la Corporation affectés à mon Bureau à la suite de l'augmentation de 6% de 1993.

Avant de pouvoir même envisager une discussion sérieuse sur les tarifs de 1994 je souhaiterais également savoir à quelle date est prévue la prochaine augmentation de salaire de ces Employés, et quel sera son montant. Vous comprendrez aisément qu'à défaut de telles informations, je ne puis même pas envisager de communiquer à la direction de mon journal la teneur de cette nouvelle sollicitation.

6. Lorsque j'ai accepté, voici quatre ans, de payer les prestations de Service de la Corporation sous la forme de Personnel à l'aide de la monnaie américaine plutôt que la monnaie légale de la République populaire de Chine, j'ai précisé qu'il était impératif désormais de reverser aux Employés chinois une partie de ce salaire en devises fortes ou en FEC comme le fait la Fesco dans les sociétés à capitaux mixtes. Il m'a été répondu que cette question était à l'étude. Je constate avec consternation que «l'étude» n'a pas encore porté ses fruits et qu'en quatre ans, la Corporation n'a pas été capable de parvenir à un mode de rémunération de ses Employés qui progresse ne serait-ce qu'un tout petit peu dans le sens de la justice.

Toutes ces interrogations me font penser qu'au lieu d'avoir engagé avec la Corporation une coopération amicale qui aurait abouti à une amélioration sensible du sort des Employés chinois, le correspondant du Monde à Pékin a contribué, en acceptant de payer les Prestations de la Corporation en dollars, à une augmentation du taux d'exploitation de ces Employés par leur Employeur.

Je m'interroge donc sur l'opportunité qu'il y a à poursuivre dans cette voie en impasse; et envisage de revenir au mode de paiement antérieur, en RMB Yuans s'agissant de la monnaie légale de la République populaire de Chine qui, comme vous le savez, n'est nullement inféodée aux États-Unis d'Amérique. Nous renégocierions alors sur la base plus saine de l'inflation annuelle dans la Municipalité de Pékin et nous éviterions d'associer le correspondant du Monde en Chine à une entreprise d'extorsion de labeur dont les conditions sont contraires aux principes de la Constitution et du Code civil de la République populaire de Chine. Je suis curieux de connaître votre sentiment au sujet de cette dernière question.

Dans l'attente des explications que vous ne manquerez pas de me fournir, je vous' prie d'agréer,, Monsieur le Directeur, l'expression de ma parfaite considération.

Francis Deron,

Correspondant du Monde en Chine.

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