La Société des amis de l'Amiral Courbet

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Face aux bêtises, aux outrances ou aux exactions du pouvoir central chinois, Francis réagissait régulièrement, avec un humour souvent grinçant.




LA SOCIÉTÉ DES AMIS DE L'AMIRAL COURBET
présente à tous ses membres et fidèles ses compliments du mois de mai et a l'honneur de leur faire part des
BONS MOTS DE PRINTEMPS
du parti communiste chinois
(authenticité garantie)

20 mai 1995

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Le gouvernement de la République populaire de Chine a offert une prime de RMB 50.000 d quiconque lui apporterait DES MORCEAUX DE CROTTE DE YETI prouvant l'existence de cet être censé hanter les forts des montagnes du Hubei. Une prime de RMB 500.000 a été également offerte pour la livraison d'un spécimen de cette espèce, mort ou vit. Les savants chinois dont les recherches en vue de mettre la main sur l'homme-singe n'ont pour l'instant pas abouti se sont élevés contre cette incitation î la chasse au yéti. On ignore pour le moment combien de personnes se sont présentées munies de crottes d'origines diverses afin de tenter d'arracher la prime.

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Ulcéré par la proclamation, de la part du dalaï-lama, qu'une réincarnation du panchen-lama avait été découverte en Inde, la propagande du gouvernement de la République populaire de Chine a opéré un tir de barrage nourri visant à invalider ce miracle. A cet effet, un vice-président du comité permanent de l'assemblée populaire (non élue) pour la région autonome du Tibet (de ces trois épithètes, seul le mot permanent peut à la rigueur être jugé authentique), Sengqen Losang Gyaincain, avait valoir sa qualité de BOUDDHA VIVANT pour vitupérer le dalaï-lama au prétexte que ce dernier a, par son action BLESSE LES SENTIMENTS DES LARGES MASSES DE FIDÈLES DU BOUDDHISME. Un certain Lhalu Cewangdoje, pour sa part, identifié comme «ancien commandant de l'ancienne armée de l'ancien gouvernement» du Tibet, s'est également indigné: «En tant que Bouddha vivant moi-même, je peux prouver que les panchens doivent être certifiés par le gouvernement central» de la république populaire, a-t-il dit. L'information de l'agence Chine nouvelle ne précisait pas si les 2 deux religieux se sont placés en lévitation à l'appui de leurs dires. Ceux-ci sont toutefois conformes aux RÈGLEMENTS qui avaient été adoptés par le gouvernement de la république populaire de Chine après le décès du panchen-lama le 28 janvier. 1989, et dont Ngapoi Ngawang Jigme, vice-président de . l'assemblée nationale populaire, avait fait état au cours d'une conférence de presse le 12 mars 1991: «Pour ce qui concerne l'étendue géographique de la quête (à la réincarnation du dieu' vivant tibétain) elle doit se limiter aux frontières du pays». Ce point est contesté par les théologiens tibétains exilés.

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CENT CINQ ANS: c'est, au mois près, le délai que pense mettre la Chine à rattraper son retard économique sur les pays les plus industrialisés du monde, à lire une étude publiée par l'Académie des sciences sociales. Cette étude anéantit les espoirs qu'avaient cru pouvoir entretenir certains optimistes qui avançaient le chiffre de 104 ans pour la réalisation de cet objectif. Accessoirement, le délai représente le temps pendant lequel le gouvernement de la république populaire de Chine entend bénéficier de conditions privilégiées dans l'acquisition de technologies modernes auprès desdits pays industrialisés.

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COPYRIGHT SAAC 1995

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F950529

Société des Amis de l'Amiral Courbet
P E T I T JOURNAL DE LA F I N MAI
1995

CRIME EQUITABLE. Une double charrette de douze professionnels du pillage de tombes princières a été envoyée au poteau d'exécution le 25 mai, respectivement des «travailleurs» à Nouma au Shanxi et des «paysans» dans la province du Hubei (chef lieu Wuhan). Quatre «officiels chargés de l'application des lois» dont un remplissant cette fonction policière au titre du parti communiste ont été aussi punis avec une impitoyable sévérité pour leur complicité dans les pillages réalisés au cours des cinq dernières années: deux à huit ans de prison. On ne badine pas avec l'équité devant la loi quand la défense du patrimoine est en jeu.

GIRAFE. Les pompes funèbres de Wuchang, dans la conurbation de Wuhan, soucieuses de soulager la charge financière que représente, pour le zoo de la ville, l'hébergement des animaux (charge qu'on pensait être dans la vocation d cet établissement), ont «adopté» une girafe. L'animal, dont il est utilement précisé par l'agence Chine nouvelle (26 mai) qu'il VIENT DE L'ETRANGER, servira ainsi de réclame pour l'incinérateur municipal au même titre qu'un autre pensionnaire du zoo, un panda, qualifié, lui, d'animal adoré (à la différence de l'étrangère au long cou) en voie de disparition -- celui-ci a été adopté par une firme d'appareils électriques de la région de Canton. La subtilité du geste d'amitié dans le choix du parrain de la girafe fait l'objet de commentaires élogieux au sein de la communauté diplomatique africaine.

LE RETROVISEUR INCURVE permettant d' obtenir r une vision complète' de l'environnement arrière de votre automobile vient s'ajouter à l'inépuisable liste des inventions chinoises depuis les temps les plus reculés (du papier à l'hélicoptère en passant par la paranoïa). On le doit à Li Shiqing, un chauffeur de l'université Qinghua, qui le mit au point APRÈS Y AVOIR PENSE PENDANT DES ANNEES, en puisant dans son EXPÉRIENCE DE CONDUCTEUR ET SES TALENTS DE MECANICIEN. Fier comme Artaban, le génial inventeur a déposé des dossiers de patente industrielle dans PLUS DE SOIXANTE PAYS, tous peuplés de crétins qui n'avaient pas songé à cette innovation.

AUTOROUTE. Ouverte en décembre 1993,, l'autoroute Jinan-Qingdao a été nommée modèle national pour l'efficacité de sa gestion des fonds investis dans sa construction (110 millions de dollars prêtés par la Banqué mondiale). En un an, 25,6 millions de dollars ont été collectés en péages, soit le double des rentrées prévues. C'est, mais le gouvernement ne s'en vante pas, la première autoroute dans le nord de la-Chine à relier à la mer une capitale provinciale sans lien avec Pékin.

ERREUR. Le dissident Jiang Qisheng a fini par comprendre le motif pour lequel les policiers l'avaient emmené à deux reprises en 48 heures au commissariat en vue d'y procéder à une vérification de son identité: la lettre ouverte au parlement qu'il avait contribué à rédiger avec treize autres comportait une phrase réclamant la libération des prisonniers d'opinion. Les policiers lui ont patiemment expliqué «QUE PERSONNE EN CHINE N'ÉTAIT EN PRISON POUR CE MOTIF» avant de lui conseiller de «ne pas quitter Pékin sans les avertir» à l'approche de l'anniversaire de Tiananmen. D'habitude, ceux qui entretiennent de semblables rapports avec l'autorité et qui «quittent Pékin» à cette date le font accompagnés de plusieurs Gentils Organisateurs volontaires pour les conduire le plus loin possible des employés de la presse Barbare accrédités en Chine.

TIR AUX PIGEONS. Les missions diplomatiques barbares n'ont toujours pas réclamé, cette année, explications/excuses pour la fusillade nourrie opérée le 7 juin 1989 vers 11h30 par l'Armée Populaire de Libération en-direction du bâtiment no.1 du complexe résidentiel diplomatique de Jian Guo Men Wai le long de l'Avenue de la PAIX ETERNELLE. La commémoration de ce GESTE D'AMITIÉ survient toutefois, relève-t-on, alors que le gouvernement de Pékin s'est privé des services de deux des personnalités qui avaient permis cette édition chinoise de la FOIRE DU TRÔNE, à savoir Chen Xitong, alors maire de la ville, et Yuan Mu, alors porte-parole du gouvernement. La Société des Amis de l'Amiral Courbet voit dans l'opportune discrétion des missions diplomatiques barbares un signe intangible de l'humilité de bonne aloi qui sied aux supplétifs étrangers admis à respirer l'oxygène pékinois.

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