Partiel juin 2003

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"Sur un plan militaire, comment s’est préparé et déroulé le conflit qui a eu lieu en Irak en 2003 ?"

 

J’ai été très surpris par la disparité du niveau des copies. Il y en a de très bonnes, ce qui est toujours plaisant à lire. Mais il y en a aussi de très mauvaises, ce qui m’incite à me remettre en cause : cours inintéressant ou trop technique, lassitude envers un conflit qui aurait trop occupé les médias…

Il y a aussi beaucoup trop de HS, en particulier sur la légalité et la légitimité du conflit, ainsi que sur les gesticulations strictement diplomatiques.

 

Voici quelques éléments que j’ai retrouvé dans les meilleures copies. Je suis preneur de toutes idées supplémentaires.

  

LA PREPARATION DU CONFLIT

Je n’ai pas traité ici la préparation du conflit par l’Irak .  

Questions génériques

Comment le problème a été traité par les USA 

Dans le long terme

Avoir une armée capable de traiter ce type de conflit

Budget, effectifs, doctrine : un fort effort de défense

Bâtir une connaissance tactique et stratégique du pays

Reconnaissance et renseignement depuis la guerre du Golfe 

Définir des buts de guerre et un ennemi

Renverser Saddam et non attaquer le peuple irakien  

Dans le moyen terme  

Elaborer une stratégie, pour pouvoir faire des choix tactiques et élaborer des plans d’attaque.

Attaque principale par le Sud, secondaire (si Turquie d’accord) par le Nord. Début de la phase terrestre dès le premier jour, sans attendre le résultat des bombardements. Refus du combat dans les villes. 

Mettre en place une dissuasion et commencer la guerre psychologique

Gesticulation de la force aéronavale commencée très tôt. Action psy/ops menée dans toutes les directions, autant envers les responsables irakiens qu’envers les simples soldats. 

Réunir les membres d’une coalition

Tâche difficile qui ne réunit que trois alliés apportant des moyens militaires, dont deux peu significatifs. 

S’assurer des alliances, des amitiés, des neutralités bienveillantes ou non, des droits de stationnement et de passage

Intense activité diplomatique. Redéploiement dans les états de la région, neutralité plus que bienveillante de la Jordanie, contrainte sur la Syrie et l’Iran, autorisations de survol, d’escale….. 

Déterminer le volume et la composition des forces à engager

Fixés par Rumsfeld plus que par le Pentagone, en fonction de ses théories. De nombreux généraux retraités de l’Army trouvent le volume de forces très insuffisant 

Obtenir le financement de l’opération

Voté par le Congrès avant le début du conflit 

Diminuer la liberté d’action et de préparation de l’adversaire

Embargo, destruction préalable des défenses sol-air dans les zones d’interdiction 

Préparer et mettre en route la guerre de l’information

Action de certains médias. « Recrutement » et entraînement spécifique des journalistes appelés à suivre le conflit. 

Préparer les troupes

Entraînement spécifique (combat en zone désertique, combat urbain, combat en menace bactériologique ou chimique) 

Dans le court terme  

Mettre en place les matériels, les approvisionnements et les troupes

Mise en place d’un pont logistique énorme, mettant en ouvre des réservistes et faisant appel à des affrètements de moyens civils et même à des réquisitions. Cette étape a duré plus longtemps que prévu 

Protéger les alliés

Mise en place de défenses sol-air d’origine OTAN en Turquie et en Israël 

Actualiser le renseignement

Insertion de forces spéciales, lancement de satellites spécifiques 

Préparer le conflit sur le plan opérationnel

Mise en place d’une chaîne de commandement spécifique au Qatar, testée par un exercice de grande ampleur. Exercices spécifiques (acclimatation et procédures) pour les troupes déployées. 

Préparer le conflit sur le plan logistique

Préparation des lignes de ravitaillement : zone de départ logistique et prévision de la remise en état des infrastructures irakiennes (port, routes) 

 Le déroulement du conflit

Guerre de l’information poussée au bout
Insertion de forces spéciales chargées du renseignement, de la désignation d’objectifs, de la démoralisation de l’adversaire et de la recherche d’alliés sur place.
Lancement d’une attaque troisième dimension (avions et missiles de croisière) visant des objectifs très précis, choisis soit pour leur valeur stratégique (objectifs de haute valeur ajouté « habituels », mais traités selon des techniques plus élaborées), soit pour leur valeur « morale » (palais présidentiels) ou sociologique (production d’électricité…). Le plan de frappe, extrêmement sophistiqué, avait été conçu pour être mené selon un « tempo ».
Lancement simultané d’une attaque terrestre sur deux axes :  
un axe Sud, confié aux Britanniques, destiné à sécuriser la zone Sud et à permettre l’arrivée de renforts par voie maritime et leur acheminement vers le Nord 
un axe Nord, réservé aux forces US, visant Bagdad. 
Cette offensive terrestre, dans un premier temps, refusait le combat dans les villes, qui étaient contournées.
Après une rapide avance dans les premiers jours, l’élongation des lignes de communication et de ravitaillement a fait apparaître une faiblesse dans le dispositif. La nécessité de sécuriser les villes impliquait aussi d’immobiliser de nombreux combattants.
Après une brève pause dans l’avancée, les troupes terrestres ont repris leur avance vers Bagdad, prenant possession de l’aéroport international, puis de la ville.
Dans les jours suivants, les villes du Nord tombaient aux mains des Kurdes (qui acceptèrent de les évacuer), tandis que Tikrit se rendait aux coalisés.

  

Les Irakiens ont refusé le combat frontal en espace ouvert, qui leur avait coûté très cher en 1991. Mais leur résistance dans les villes n’a aussi été le fait que de quelques combattants isolés, aussitôt écrasés par des feux terrestres souvent disproportionnés. On a aussi constaté que les sabotages et autres destructions volontaires ont été très limités. Quelques puits de pétrole incendiés, pratiquement aucun sabotage des infrastructures, pas d’utilisation des mines ou de pièges.

L’armée irakienne, qu’il s’agisse de l’Armée régulière ou de la Garde Républicaine tant crainte, ne s’est pas rendue : elle s’est volatilisée…..L’utilisation synchronisée et synergique des forces aériennes, des forces spéciales et des moyens de guerre psychologique en sont probablement la cause initiale. La puissante force terrestre blindée qui arrivait rapidement devait aussi avoir un côté terrifiant. On peut aussi penser que nombre d’officiers irakiens, pensant à l’après guerre et aux règlements de compte et autres procès qui ne pourraient manquer d’avoir lieu, ont préféré ne pas se faire remarquer en jouant les héros. 

 Les pertes ont été très limitées au regard des effectifs mis en œuvre. Les tirs fratricides et les accidents ont causé un nombre relativement important de victimes, mais qui serait passé inaperçu si de vrais combats avaient eu lieu.