L'arme aérienne depuis 1990

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Quelques réflexions sur l'emploi de l'arme aérienne après 1990. Ce papier, non terminé, a servi de canevas à une présentation faite en novembre 2002, peu de temps avant qu'un drone, ayant décollé de quelque part et piloté (derrière l'écran d'un ordinateur) d'un autre endroit sans importance, n'ait détruit au Yemen un véhicule dans lequel se trouvaient 5 militants d'Al Qaeda.

 

La guerre du Golfe est le premier conflit dans lequel des forces terrestres sont intervenues en soutien de l'aviation. Disait le Général Colin Powell.

On a souvent dit qu'il s'agissait de la première bataille d'importance où tout avait été fait par les moyens de la troisième dimension, en particulier l'aviation. Pourtant, on a oublié la Bataille d'Angleterre et celle de Malte, qui ont démontré que l'absence de supériorité aérienne pouvait amener une offensive terrestre, basée sur un débarquement il est vrai, à devoir être annulée. On peut aussi penser aux batailles strictement aériennes de la guerre du Pacifique, ou l'aviation embarquée a été utilisée comme de l'artillerie à très longue portée, comme elle le fut lors du raid de Doolittle sur Tokyo.

Les trois conflits qui ont apporté l'essentiel des leçons depuis 1990 sont la guerre du Golfe, le Kosovo et l'Afghanistan. On pourrait les traiter un par un, pour voir ce que chacun a apporté comme changement. J'ai préféré traiter une continuité thématique, car l'évolution a été en fait continue pour aboutir à des changements radicaux. On a souvent dit que chacun de ces conflits était spécifique, et que le prochain serait différent. On se rend compte que ce ne sont que des détails qui changent, et que les ressemblances sont beaucoup plus nombreuses que les différences.

Il est très difficile de reprendre des schémas classiques de présentation face aux évolutions constatées. Pendant longtemps, c'est le besoin qui a appelé le moyen. Il y a encore des gens qui raisonnent ainsi. Mais actuellement, les moyens arrivent souvent avant les besoins, et c'est l'existence de ces nouveaux moyens qui permet de créer de nouveaux concepts d'emploi.

Les préoccupations

Boucle de décision courte

La campagne aérienne type des années 70, celle de toute la guerre froide en centre Europe, était basée sur un cycle de 48 heures entre la décision de frapper une cible importante et le moment où cette frappe pouvait être effectuée. Le but actuel est, pour les Etats Unis, d'arriver à quelques heures pour les cibles importantes et quelques minutes pour les autres.

Importance de la recco

Pré et post strike, importance du BDA

Importance des liaisons

Tout est affaire de liaisons

Usage de l'aviation embarquée

Apporter la menace permanente partout dans le monde. Solution peut être provisoire

Commandement exercé à très longue distance

Possibilité très riche offerte grâce aux liaisons. S'applique à des moyens très sophistiqué et relativement peu nombreux.

Absence de dommages collatéraux

Nouvelle exigence.

Efficacité maximale des missions

Retour du Close air support

Maîtrise absolue du ciel indispensable

Suppression complète des défenses sol-air

Destruction de la chasse ennemie (cf bataille d'Angleterre)

Les innovations techniques

Emploi en masse d'armements de précision

Désignation optique, puis laser, guidés, puis tirés oubliés, beau temps, puis nuit claire, puis tout temps.

Expérimentation des munitions à très haute efficacité individuelle : JDAM, SDAM

Emploi des drones

D'abord recco à temps, puis recco temps réel et tentative de gestion du champ de bataille. En Afghanistan, drone armés et drones guides. Tout en temps réel. Exemple de la frappe homicide au Yemen.

Non cooperative target recognition

Emploi de liaisons spécialisées

Data link crypté à très haut débit. On en arrive à considérer que le fait de devoir passer par un satellite est une pénalisation.

Nouvelles armes, thermobariques, bombes au graphite

La plupart des armes actuelles ne sont que l'amélioration d'armes existantes. On a cependant aussi vu utiliser des armes nouvelles ou détournées de leur usage primitif. Les bombes au graphite utilisées au Kosovo avaient pour effet de diffuser une fine poudre de graphite sur les installations de distribution électrique, provoquant ainsi des court circuits et interdisant la distribution.

La guerre du Golfe avait posé le problème des cibles protégées par d'épaisses couches de blindage, de béton ou autre. Le conflit afghan a amplifié ce problème avec le confinement dans des grottes des adversaires. Les Etats de l'axe du mal sont aussi supposés cacher leurs armes dans des cachettes fortement protégées. Il est nécessaire à la fois de détruire tout ceci, mais aussi de le fixer sur place après l'avoir rendu inoffensif, de préférence par des flux de chaleur très intenses. D'où l'emploi des "Daisy cutters", armes de 15.000 lb conçues dans les années 50 pour le dégagement de zones de poser d'assaut en région boisée et reconverties dans le blast massif. On s'oriente actuellement vers la mise au point de pénétrateurs capables de perforer plusieurs dizaines de mètres de protection avant d'y délivrer une charge qui pourrait être nucléaire et subkilotonnique.

Couplage des moyens

Bien sûr, tous les raids comprennent une grande variété de types d'aéronefs. L'exemple le plus frappant est celui de l'utilisation couplée des drones et des gunships en Afghanistan. L'image fournie (en Floride) à l'observateur conduit à une décision d'attaque. L'ordre d'aller sur zone est donné à un AC 130 en attente à distance de sécurité, qui, une fois sur place, reçoit directement les images fournies par le Predator et effectue ses visées en fonction.

Utilisation des missiles de croisière

Les missiles de croisière, seuls ou en conjugaison avec d'autres moyens très techniques, sont très précieux lors des premières heures d'un conflit, qu'ils soient lancés d'avions ou à partir de sous marins. Grâce à leur quasi invulnérabilité et leur précision, ils permettent en une vague de frappes de détruire beaucoup des moyens adverses. Leur principal inconvénient est leur coût très élevé.

Utilisation des avions stealth

Très chers, très vulnérables à certaines menaces, très sensibles à cause des informations que leur épave pourrait donner, les avions stealth permettent d'accomplir des missions très sophistiquées. Leur remplacement par des drones de combat paraît cependant inscrit dans le prévisible.

Les innovations conceptuelles

Banalisation du ravitaillement en vol

Le ravitaillement en vol a longtemps été considéré comme un moyen réservé à des opérations très spécifiques et comprenant un risque d'échec assez élevé. Il s'est banalisé et c'est son existence qui conditionne désormais les opérations, en particulier parce qu'il permet l'intervention à longue distance et l'alerte en vol.

C'est pourtant un phénomène récent. Dans le Golfe, la première patrouille italienne de Tornado, composée de 8 avions, a vu l'un d'entre eux tomber en panne avant le décollage et 6 des 7 avions ayant décollé faire demi tour, n'ayant pas réussi à ravitailler. Le 7ème a été abattu par les Irakiens.

Très longs temps de vol

Arme aérienne permet d'intervenir à longue distance et beaucoup plus vite que les autres moyens

Alerte en vol, tant CAP que CAS

Brouilleurs offensifs et autres

Tous les raids sont désormais systématiquement accompagnés de brouilleurs offensifs

Utilisation des bombardiers lourds et des avions stealth

Les bombardiers lourds étaient condamnés. Ils ne le sont plus,

Emploi de troupes au sol pour le guidage

Forces spéciales, puis proxy

Ciblage

Guerre psy ops menée depuis les airs

Utilisation des hélicoptères dans le cadre des opérations spéciales

Les hélicoptères, surtout ceux qui ont été modifiés pour diminuer leur signature infra rouge et sonore, sont particulièrement utiles, non pas comme moyens de délivrer de l'armement, mais comme liaison logistique rapide, permettant d'effectuer les déposes et exfiltrations de personnels et d'assurer leur ravitaillement.

SAR de combat

Ce n'est en fait pas une réelle innovation conceptuelle. Pendant la 2° guerre mondiale déjà, la récupération des pilotes abattus, principalement quand ils étaient dans l'eau, était l'objet d'opérations combinées comprenant des patrouilles de protection avant l'arrivée du bateau. La grande nouveauté est l'utilisation dans ces opérations de l'hélicoptère, qui fut théorisée pendant la guerre du Vietnam. Elle a pu largement s'étendre grâce à la capacité vol de nuit à basse altitude apportée par les JVN. Une deuxième phase a consisté à effectuer un poser d'assaut de forces spéciales à proximité du pilote à récupérer, de manière à assurer une couverture. En même temps, on densifiait le raid d'accompagnement. La dernière étape, toute récente, vient de l'acquisition par les hélicoptères de la capacité ravitaillement en vol, qui leur permet d'intervenir beaucoup plus loin dans la profondeur et de faire de l'attente en vol.

Difficultés rencontrées

Maîtrise du ciel indispensable

Tant qu'elle n'est pas totale, aucun des concepts mis en œuvre n'est utilisable. Ce qui signifie qu'au cas où un adversaire pourrait garder une certaine capacité de défense sol air moyenne altitude, les bombardements HA/MA ne seront plus possibles. Il faudra donc abandonner les opérations aériennes et recourir à des moyens coûteux soit sur le plan financier (tirs stand off), soit sur le plan politique (usage de missiles balistiques) soit sur le plan humain (envoi de troupes au sol contre un adversaire pas encore affaibli). On pourra aussi essayer de revenir aux méthodes qui étaient préconisées "avant", c'est à dire à la pénétration à très basse altitude et très grande vitesse d'avions accompagnés de brouilleurs offensifs et eux même équipés de brouilleurs défensifs.

Impossibilité de détruire l'artillerie sol air de petit calibre et SATCP

Autant il est possible en combinant les brouillages offensifs et les moyens de saturation de neutraliser les missiles sol air "lourds", autant les armes basées sur l'optique et l'IR, qui sont de plus souvent légères, ne peuvent être détruites qu'après avoir été acquises visuellement. On est donc amené à les considérer en permanence comme une menace directe.

Les deux réponses sont l'abandon de la basse altitude, aucun des armes en service ne dépassant une quinzaine de milliers de pieds et l'adoption de raids de nuit.

Manques quantitatifs plutôt que qualitatifs

Quant il s'est agi de tirer les leçons de la guerre du Kosovo, l'Armée de l'Air a considéré que ses manques n'étaient pas qualitatifs, sauf dans le domaine des moyens SEAD. Par contre, il existait, et il existe toujours, de vraies lacunes quantitatives. La plus criante est celle de ravitailleurs. Dans l'état actuel de la flotte, pour des frappes à longue distance, qui nécessitent un ravitailleur pour quatre chasseurs, il faudrait donc se limiter à une quarantaine d'avions déployés si l'on pouvait garantir une disponibilité de 10 KC 135 sur les 14 existants…..

Frappes fratricides

Elles sont autant dues à des erreurs de visées par les aéronefs qu'à des erreurs commises par les troupes au sol. Ainsi, pendant la guerre du Golfe, des véhicules blindés britanniques ont été attaqués par des A10 parce qu'ils s'étaient exemptés de marquage de toit, alors que des blindés américains l'ont été parce que les pilotes ont commis des erreurs d'identification. L'une des erreurs les plus stupides est celle commise en Afghanistan : un officier de guidage désignait une cible en coordonnées polaires par rapport à sa propre position GPS, le tout étant retransmis directement à l'avion tireur. Ayant besoin d'un changement de piles de son appareil, il l'a effectué, en remettant par la même occasion à zéro la distance et l'azimut de la cible et se désignant ainsi lui même.

Déploiement sur des terrains étrangers

Pour pouvoir agir partout dans le monde, il faut soit utiliser des porte avions (avec toutes les limitations que cela entraîne), soit recourir exclusivement aux avions à très long rayon d'action (ce qui est réservé aux Etats Unis et – un peu – à la Russie), soit se déployer sur des terrains situés à l'étranger. Le problème devient alors essentiellement politique, mais il existe aussi de vrais problèmes techniques, depuis la qualité du soutien local jusqu'à la gestion de la circulation aérienne et la protection des bases.

Manque de fiabilité des proxy

Les forces alliées ont employé en Afghanistan des combattants locaux, principalement dans le rôle d'éclaireurs. Si certains d'entre eux ont été remarquables, ce ne fut pas le cas général, et beaucoup ont voulu profiter de la force de frappe américaine pour régler des comptes personnels ou pour faire en sorte que les Etats Unis soient accusés d'avoir provoqué des dommages collatéraux.

Manque d'efficacité

Le ciblage est devenu sophistiqué, et les médias occidentaux se sont fait une joie de dénoncer l'inefficacité des frappes au Kosovo. En oubliant que si peu de chars ont été touchés c'est avant tout parce que peu de chars ont été visés

Impossibilité de travailler avec des alliés insuffisamment performants

Les Américains, maîtres de la campagne, imposent des règles de sécurité basées à la fois sur des moyens technologiques (IFF plus NCTR) et sur l'emploi de procédures et de qualifications assez strictes. En Afghanistan, seuls les Français et dans une moindre mesure les Britanniques étaient en mesure de suivre.

Importance des brouilleurs offensifs

Non utilisation des hélicoptères de combat